Ce que dit la loi : l'article L.412-6 du CPCE

L'article L.412-6 du Code des procédures civiles d'exécution (CPCE) est la référence légale de la trêve hivernale. Il dispose qu'il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, sauf si le relogement des occupants est assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille.

La portée de cet article est précise : il suspend l'exécution des mesures d'expulsion. Il ne suspend pas la procédure dans son ensemble. Cette distinction est fondamentale pour les bailleurs sociaux.

Ce que la trêve hivernale interdit :

Ce que la trêve hivernale ne suspend pas :


Les exceptions à la trêve hivernale

La loi prévoit plusieurs situations dans lesquelles l'expulsion peut être exécutée pendant la période hivernale, même si elles restent marginales dans la pratique des bailleurs sociaux :

Le relogement assuré. Si le bailleur peut garantir un relogement dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille, la trêve ne s'applique pas. Cette exception est rarement mobilisée par les bailleurs sociaux, qui ne disposent généralement pas d'un logement de relogement disponible en temps réel.

L'arrêté de péril. Lorsque l'immeuble fait l'objet d'un arrêté de péril, les occupants peuvent être expulsés pendant la trêve. Cette disposition vise à protéger les occupants d'un bâtiment dangereux.

L'introduction sans droit ni titre par manoeuvres ou voies de fait. Les squatteurs qui ont pénétré dans un logement par effraction ou contrainte ne bénéficient pas de la protection hivernale.

Le conjoint violent. L'expulsion du domicile conjugal prononcée dans le cadre d'une ordonnance de protection peut être exécutée pendant la trêve.

Ces exceptions ne concernent pas les situations d'impayé de loyer classiques. Pour un bailleur social gérant des locataires en retard de paiement, la trêve s'applique intégralement.


Ce que vous pouvez faire entre novembre et mars

La trêve hivernale est souvent vécue comme un temps mort par les équipes de recouvrement. C'est une erreur stratégique. Cinq mois de procédure amiable et de préparation judiciaire sont à portée. Les organismes qui les utilisent ont une longueur d'avance dès le 1er avril.

Continuer les relances amiables

Il n'existe aucune restriction légale sur les contacts amiables pendant la trêve. Appels téléphoniques, SMS, emails, courriers de relance : tout est permis. Mieux, la période hivernale est souvent propice au dialogue : les locataires en difficulté savent qu'ils ne peuvent pas être expulsés et sont parfois plus disponibles pour discuter d'un plan d'apurement.

Un locataire qui accepte un plan d'apurement en décembre et le respecte régularise sa situation avant la fin de la trêve. En avril, son dossier est soldé.

Négocier des plans d'apurement

La négociation d'un plan d'apurement est non seulement permise, elle est recommandée. Les équipes de gestion locative doivent utiliser les mois d'hiver pour proposer des plans réalistes aux locataires en retard, en s'appuyant sur les ressources disponibles : FSL, CAF, service social de secteur.

Un plan conclu en novembre et respecté jusqu'en mars permet d'éviter toute procédure judiciaire. C'est le meilleur résultat possible pour le bailleur et pour le locataire.

Signaler les impayés à la CAF

Les obligations de signalement à la CAF ne sont pas suspendues par la trêve. Un bailleur qui détecte un impayé en décembre doit le signaler dans les deux mois, soit au plus tard en février. Tout délai dans ce signalement risque de compromettre le maintien des APL et de dégrader la situation financière du locataire.

Déposer une requête en justice

La trêve hivernale n'interdit pas d'introduire une procédure judiciaire. Le bailleur peut saisir le tribunal judiciaire pour demander la résiliation du bail et l'expulsion, même en plein hiver. La décision du tribunal peut être prononcée pendant la trêve. Seule son exécution sera suspendue jusqu'au 31 mars.

Cette stratégie est pertinente pour les dossiers en impasse : un locataire de mauvaise foi qui refuse tout contact, refuse tout plan d'apurement, et accumule les dettes. En introduisant la procédure en décembre, le bailleur peut obtenir une décision judiciaire dès février ou mars, et l'exécuter dès le 1er avril.

Préparer les dossiers d'escalade

L'hiver est la saison idéale pour préparer les dossiers complexes. Rassembler les justificatifs d'impayé, formaliser l'historique des relances, préparer les éléments pour le commissaire de justice, instruire les dossiers CCAPEX : toutes ces tâches peuvent être réalisées en amont pour que l'équipe soit prête à agir dès la reprise d'avril.


Le calendrier de recouvrement recommandé pour les bailleurs sociaux

Période Actions prioritaires
Octobre Identifier tous les dossiers en retard de plus de deux mois. Prioriser les dossiers à fort montant et les locataires sans contact récent.
Novembre Intensifier les relances amiables avant la trêve. Proposer des plans d'apurement. Signaler les impayés constitués à la CAF.
Décembre-janvier Continuer les relances. Instruire les dossiers CCAPEX pour les situations complexes. Introduire des procédures judiciaires pour les dossiers en impasse.
Février-mars Obtenir les décisions judiciaires. Finaliser les plans d'apurement pour les locataires en cours de régularisation. Préparer les dossiers pour les commissaires de justice.
1er avril Exécuter les décisions judiciaires. Reprendre les expulsions pour les locataires en défaut persistant.

Ce calendrier suppose une gestion active tout au long de l'hiver. Les organismes qui mettent la procédure de recouvrement en veille entre novembre et mars retrouvent en avril un stock de dossiers aggravés, des locataires qui ont perdu l'habitude de communiquer, et des délais judiciaires allongés.


L'automatisation des relances pendant la trêve

La trêve hivernale ne modifie pas le rythme des relances amiables. Elle peut même justifier une cadence plus soutenue : le locataire qui sait qu'il ne peut pas être expulsé à court terme doit néanmoins comprendre que la procédure avance et que le règlement reste attendu.

Les plateformes d'automatisation permettent de maintenir une pression amiable continue pendant les cinq mois de trêve, sans mobiliser les équipes sur des relances de routine. Les locataires reçoivent des rappels réguliers au nom de l'organisme, avec la possibilité de régulariser en ligne ou de prendre contact avec leur gestionnaire.

Cette continuité est importante pour deux raisons :

  1. Elle maintient la dette dans le champ de conscience du locataire et augmente les chances de régularisation volontaire
  2. Elle documente l'effort de recouvrement, ce qui est utile en cas de procédure judiciaire : le tribunal peut tenir compte de l'historique des relances pour apprécier la bonne foi des parties

Questions fréquentes

La trêve hivernale s'applique-t-elle aux bailleurs sociaux comme aux bailleurs privés ?
Oui, sans exception. L'article L.412-6 du CPCE s'applique à tous les bailleurs, privés ou sociaux. Un locataire HLM bénéficie de la même protection qu'un locataire du parc privé. Seules les exceptions prévues par la loi (relogement assuré, arrêté de péril, introduction par voie de fait) permettent de déroger à ce principe.
Peut-on envoyer un commandement de payer pendant la trêve hivernale ?
Oui. Le commandement de payer est un acte de procédure amiable délivré par commissaire de justice. Il n'est pas une mesure d'expulsion. Il peut être délivré à tout moment de l'année, y compris pendant la trêve hivernale. Le commandement de payer constitue le point de départ du délai de deux mois accordé au locataire pour régulariser sa situation avant que le bailleur puisse saisir le tribunal.
Que se passe-t-il si un locataire régularise sa dette pendant la trêve hivernale ?
Si le locataire règle intégralement sa dette pendant la trêve, la procédure d'expulsion en cours devient sans objet. Si un jugement de résiliation de bail a déjà été prononcé mais pas exécuté, le bailleur peut renoncer à l'expulsion et conclure un nouveau bail. La trêve offre donc une dernière opportunité de régularisation pour les locataires qui ont attendu le dernier moment pour agir.

Solden maintient une cadence de relances amiable continue pendant toute la période hivernale, au nom de votre organisme. Vos dossiers avancent entre novembre et mars. Vous êtes prêts en avril.

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