Ce que dit l'article L.113-3 : la séquence en trois temps

L'article L.113-3 du Code des assurances organise la procédure en trois étapes successives et non compressibles.

Étape 1 : La mise en demeure. Dès le lendemain de l'échéance impayée, l'assureur peut envoyer une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier doit expressément mentionner qu'il s'agit d'une mise en demeure, rappeler le montant dû, la date d'échéance, et reproduire intégralement le texte de l'article L.113-3.

Étape 2 : La suspension des garanties. Si la prime reste impayée 30 jours après l'envoi de la mise en demeure, les garanties sont automatiquement suspendues. L'assuré n'est plus couvert. La suspension ne vaut pas résiliation.

Étape 3 : La résiliation. L'assureur peut résilier le contrat 10 jours après le début de la période de suspension, soit 40 jours après la mise en demeure. La résiliation est facultative : l'assureur peut choisir de maintenir le contrat suspendu.

Ces trois étapes sont cumulatives et dans l'ordre. Aucune n'est sautable.


La prime reste due après résiliation

Un point que les équipes recouvrement doivent maîtriser : la résiliation du contrat n'efface pas la dette.

La prime correspondant à la période couverte avant suspension reste intégralement due. Si le contrat a été souscrit annuellement et que l'assuré n'a pas payé la prime du mois de janvier, l'assureur peut réclamer cette somme même après résiliation.

Le délai pour agir en justice est de deux ans à compter de l'événement qui a fait naître l'action (article L.114-1 du Code des assurances). En pratique, le point de départ de la prescription est la date d'échéance impayée. Passé ce délai, la créance est prescrite.


Quels frais peut facturer l'assureur ?

La question des frais de recouvrement est source d'erreurs fréquentes.

L'article L.113-3 prévoit que le contrat peut reprendre ses effets après paiement de la prime arriérée "ainsi que, éventuellement, des frais de poursuites et de recouvrement." Mais la jurisprudence est claire : l'assureur ne peut imputer à l'assuré que les frais réels d'envoi de la lettre recommandée de mise en demeure.

Les frais d'une société de recouvrement tierce, les frais internes de gestion, ou les pénalités forfaitaires non contractuellement prévues ne sont pas imputables à l'assuré. Tenter de les facturer expose l'assureur à des réclamations auprès du médiateur de l'assurance.


Le contrat peut reprendre ses effets

La résiliation n'est pas irréversible dans la période de suspension.

Si l'assuré paie l'intégralité des sommes dues (prime arriérée + frais réels de mise en demeure) avant la résiliation effective, le contrat reprend ses effets le lendemain à midi de la réception du paiement par l'assureur. Ce mécanisme de remise en vigueur automatique découle directement de L.113-3.

Après résiliation, la reprise d'effet n'est plus de droit. L'assureur peut refuser de réintégrer l'assuré, même si ce dernier règle la totalité de sa dette.


Prescription biennale : comment ne pas perdre sa créance

L'article L.114-1 fixe une prescription de deux ans pour toutes les actions dérivant d'un contrat d'assurance. Ce délai court à partir de l'événement qui y donne naissance.

Pour une prime impayée, le point de départ est généralement la date d'échéance. Un assureur qui laisse une créance sans relance pendant plus de deux ans risque de se retrouver prescrit et d'avoir perdu tout recours judiciaire.

La prescription peut être interrompue par l'envoi d'une lettre recommandée avec accusé de réception, par une mise en demeure, ou par tout acte interruptif de droit commun (assignation en justice, reconnaissance de dette). Chaque interruption repart pour deux ans.

Mettre en place un suivi systématique des impayés, avec des relances documentées, est donc une nécessité légale autant qu'opérationnelle.


Ce que l'ACPR attend des assureurs

L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) surveille les pratiques de recouvrement des assureurs. Elle attend que les procédures respectent scrupuleusement les délais légaux et que les communications avec les assurés soient claires, traçables, et conformes aux exigences de L.113-3.

Des pratiques abusives, comme la suspension anticipée des garanties avant les 30 jours, ou l'imputation de frais non justifiés, peuvent donner lieu à des sanctions ou à des recommandations du médiateur.


Questions fréquentes

L'assureur peut-il suspendre les garanties dès le premier jour de retard ?
Non. La suspension des garanties ne peut intervenir qu'après l'envoi d'une mise en demeure par lettre recommandée, et seulement 30 jours après cet envoi. Suspendre avant ce délai expose l'assureur à des recours de l'assuré, notamment si un sinistre survient pendant cette période.
Que se passe-t-il si l'assuré paie partiellement la prime due ?
Un paiement partiel n'interrompt pas la procédure de résiliation. La reprise d'effets du contrat est conditionnée au paiement intégral des sommes dues. En revanche, ce paiement partiel peut interrompre le délai de prescription biennale, ce qui est utile pour maintenir la créance résiduelle ouverte.
Peut-on cumuler recouvrement amiable et mise en demeure L.113-3 ?
Oui. La mise en demeure prévue par L.113-3 est une obligation légale distincte du recouvrement amiable. Un assureur peut envoyer simultanément une relance amiable et la mise en demeure légale, à condition que cette dernière respecte toutes les mentions obligatoires. Les deux démarches peuvent s'articuler dans un flux automatisé.

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