L'article L.218-2 du Code de la consommation : ce qu'il dit exactement

L'article L.218-2 dispose : "L'action des professionnels, pour les biens ou les services qu'ils fournissent aux consommateurs, se prescrit par deux ans."

Ce texte s'applique à toute relation entre un opérateur télécom (professionnel) et un abonné particulier (consommateur). Il déroge au délai de droit commun de 5 ans prévu par l'article 2224 du Code civil. Cette dérogation est favorable au consommateur : elle réduit la durée d'exposition aux poursuites.

Pour l'opérateur, la conséquence est inverse : le délai pour agir est deux fois plus court qu'en B2B. Un opérateur qui ne surveille pas ses délais perd des créances parfaitement valides.

La distinction B2C / B2B est donc déterminante. Un client professionnel (entreprise, auto-entrepreneur) relève de la prescription commerciale de 5 ans. Un abonné particulier, de la prescription biennale de 2 ans.


Le point de départ : chaque facture a son propre délai

C'est le point qui génère le plus d'erreurs de gestion : le délai de 2 ans ne part pas de la résiliation du contrat. Il part de la date d'exigibilité de chaque facture.

Un abonné qui accumule des impayés sur 6 mois génère 6 créances distinctes, avec 6 points de départ de prescription différents.

Exemple concret :

Facture Date d'exigibilité Prescription
Facture janvier 2024 5 janvier 2024 5 janvier 2026
Facture février 2024 5 février 2024 5 février 2026
Facture mars 2024 5 mars 2024 5 mars 2026

Un opérateur qui attend la résiliation (disons en avril 2024) avant d'entamer le recouvrement dispose encore du délai complet sur les factures récentes. Mais s'il tarde encore 18 mois avant d'agir, les premières factures tombent en prescription pendant la procédure.

La prescription glisse facture par facture. L'action judiciaire doit intervenir avant l'expiration de la plus ancienne.


Comment interrompre la prescription

L'interruption de la prescription efface le délai écoulé et fait repartir un nouveau délai de 2 ans à compter de l'acte interruptif. Les causes d'interruption sont fixées par les articles 2240 à 2244 du Code civil. La liste est limitative : aucun autre acte ne produit cet effet.

Actes qui interrompent la prescription :

Actes qui n'interrompent PAS la prescription :

Cette distinction est critique. Un opérateur qui compte sur ses lettres recommandées pour "bloquer" la prescription se trompe. Seule une action judiciaire ou une reconnaissance du débiteur produit cet effet.


Les factures résiliées ne remettent pas le compteur à zéro

Autre erreur fréquente : croire que la résiliation du contrat repart le point de départ de la prescription.

La résiliation met fin au contrat. Elle ne modifie pas les dates d'exigibilité des factures antérieures. Une facture émise avant la résiliation reste soumise à sa propre prescription, calculée depuis sa date d'exigibilité.

En revanche, si le contrat prévoit des pénalités de résiliation légalement fondées, ces pénalités deviennent exigibles à la date de résiliation. Le délai de 2 ans part donc de cette date pour ces montants spécifiques.


Cas pratique : arriérés sur 8 mois avec résiliation

Un abonné MVNO cesse de payer en juin 2024. L'opérateur attend que la situation se stabilise et prononce la résiliation en octobre 2024. Il lance la procédure de recouvrement en avril 2025.

Calendrier de prescription des créances :

À la date du lancement de la procédure (avril 2025), toutes les créances sont encore actionnables. Mais si l'opérateur attend encore 15 mois (juillet 2026), les premières factures (juin, juillet 2024) tombent avant une éventuelle injonction de payer.

La règle pratique : lancer la procédure judiciaire au plus tard 18 mois après la première facture impayée, pour conserver une marge suffisante sur les premières créances.


La prescription : une urgence souvent sous-estimée

La prescription est irréversible. Un juge qui constate que le délai est expiré rejette la demande sans examiner le fond, même si la créance est réelle et documentée. Pas de rattrapage possible.

Les opérateurs télécom qui ne suivent pas le calendrier de leurs créances par abonné et par facture perdent chaque année des sommes significatives, non par absence de droit, mais par inaction dans le délai légal.

Un système de recouvrement structuré génère une alerte automatique à J+12 mois pour toute créance non résolue, et déclenche la procédure judiciaire avant J+18 mois. C'est le niveau minimal de vigilance pour ne pas perdre des créances parfaitement recouvrables.


Questions fréquentes

La prescription de 2 ans s'applique-t-elle si le débiteur est un auto-entrepreneur ?
Non. Un auto-entrepreneur qui souscrit un abonnement télécom dans le cadre de son activité professionnelle est considéré comme un professionnel. La prescription applicable est alors celle du droit commercial : 5 ans (article L.110-4 du Code de commerce). Mais si l'abonnement est clairement à usage personnel, la prescription biennale du Code de la consommation peut s'appliquer. La qualification dépend des circonstances de la souscription.
Un accord de paiement par email interrompt-il la prescription ?
Un accord de paiement par email peut constituer une reconnaissance de dette si le débiteur y reconnaît explicitement l'existence et le montant de la créance. Dans ce cas, la prescription est interrompue. En revanche, un simple accusé de réception ou une demande de délai sans reconnaissance explicite ne produit pas cet effet. Privilégiez toujours un document signé ou un paiement partiel traçable.
Que se passe-t-il si je dépose une requête en injonction de payer à J+23 mois ?
La requête en injonction de payer interrompt la prescription à la date de son dépôt. Si elle est déposée à J+23 mois, la prescription est interrompue avant l'expiration du délai de 2 ans. La créance reste actionnable. L'important est que l'acte de saisine du tribunal soit daté avant l'expiration du délai, pas que le jugement soit rendu dans ce délai.

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