La portabilité ne conditionne pas le recouvrement

La portabilité des numéros mobiles est un droit fondamental encadré par l'ARCEP et consacré par la décision n°2022-2148 du 6 décembre 2022, entrée en vigueur le 1er décembre 2023. Ce texte clarifie les modalités de conservation des numéros fixes, mobiles et de services à valeur ajoutée.

La règle est sans ambiguïté : un numéro mobile est éligible à la portabilité même si l'abonné est en situation d'impayé vis-à-vis de l'opérateur d'origine. L'opérateur d'origine est tenu de fournir le RIO (Relevé d'Identité Opérateur) à l'abonné qui le demande, quel que soit son historique de paiement.

Il est interdit de refuser ou de bloquer la portabilité au motif d'un impayé. Une telle pratique serait contraire à la réglementation sectorielle et exposerait l'opérateur à une réclamation auprès de l'ARCEP ou du médiateur des communications électroniques.

En revanche, la portabilité n'efface pas les dettes. Elle ne libère pas l'abonné de ses obligations contractuelles passées. Elle transfère uniquement la relation commerciale future vers le nouvel opérateur.


Ce que l'opérateur perdant peut faire

Une fois la portabilité effective, l'opérateur d'origine conserve ses droits sur les créances antérieures. Le recouvrement suit le droit commun des créances B2C :

Les créances restent exigibles

Toutes les factures impayées émises avant la portabilité restent des créances valides. Leur prescription de 2 ans (article L.218-2 du Code de la consommation) court depuis la date d'exigibilité de chaque facture, indépendamment de la date de portabilité.

La procédure de recouvrement démarre immédiatement

La portabilité est souvent un signal d'alerte tardif. L'abonné a généralement accumulé plusieurs mois d'impayés avant de partir. Le délai de prescription est déjà entamé. Attendre après la portabilité pour lancer le recouvrement, c'est perdre du temps précieux.

Les coordonnées de l'abonné restent accessibles

La portabilité ne signifie pas disparition. L'abonné conserve son numéro, mais ce numéro est désormais actif sur un autre réseau. L'opérateur perdant dispose encore des données de contact enregistrées au moment de la souscription : adresse postale, email, identité. Ces données peuvent légalement être utilisées pour le recouvrement, dans le respect du RGPD et pendant la durée nécessaire à la procédure.


Le défi technique : actualiser les données de contact

La portabilité crée un problème pratique souvent sous-estimé. Le numéro mobile de l'abonné est devenu actif sur un autre réseau. Les SMS envoyés depuis l'ancien opérateur vers ce numéro partent vers le nouvel opérateur, pas forcément de manière identifiable.

Les points à vérifier avant de lancer la relance post-portabilité :

La qualité des données de contact au moment de la souscription conditionne directement le taux de recouvrement post-portabilité. Un opérateur qui ne collecte pas d'email ou d'adresse postale à la souscription sera limité après portabilité.


Bonnes pratiques préventives : réduire l'exposition avant la portabilité

Le meilleur levier contre les impayés post-portabilité est de détecter les signaux avant que l'abonné parte.

Le prélèvement automatique comme protection

Un abonné en prélèvement automatique ne peut pas générer d'impayés "silencieux". Le rejet de prélèvement est immédiatement visible, ce qui déclenche la relance bien avant que la situation ne se dégrade. Les MVNO qui imposent le prélèvement automatique (ou offrent un avantage tarifaire pour l'activer) réduisent significativement leur exposition.

La détection précoce du risque

Les premières demandes de RIO (disponibles dans les logs opérateur) sont un signal fort : l'abonné prépare sa portabilité. Si des impayés sont présents à ce stade, la procédure doit être accélérée immédiatement, sans attendre la portabilité effective.

Des conditions générales claires sur les obligations post-résiliation

Le contrat doit préciser explicitement que la portabilité ne libère pas l'abonné de ses dettes antérieures. Cette mention n'a pas de valeur magique, mais elle documente la position de l'opérateur et peut être utile en cas de litige.


Conditions générales : ce qui doit y figurer pour sécuriser le recouvrement

Pour maximiser les chances de recouvrement post-portabilité, les conditions générales doivent comporter :

Un contrat ambigu sur ces points génère des litiges qui coûtent plus cher à traiter que la créance elle-même, surtout sur des micro-créances de 15 à 40 euros.


Questions fréquentes

L'opérateur peut-il bloquer la portabilité si l'abonné a des impayés ?
Non. La portabilité est un droit consommateur qui ne peut pas être conditionné au règlement des dettes. L'opérateur d'origine doit fournir le RIO sur demande, quel que soit le statut de paiement de l'abonné. Bloquer ou retarder délibérément la portabilité pour des raisons d'impayés expose l'opérateur à une plainte auprès du médiateur et à des sanctions de l'ARCEP.
La portabilité interrompt-elle le délai de prescription des créances ?
Non. La portabilité n'est pas un acte interruptif de prescription au sens des articles 2240 à 2244 du Code civil. La liste des causes d'interruption est limitative. La prescription continue de courir depuis la date d'exigibilité de chaque facture, indépendamment de la portabilité. Seule une action judiciaire ou une reconnaissance de dette du débiteur interrompt le délai.
Peut-on utiliser les données de l'abonné après portabilité pour le recouvrement ?
Oui, dans le cadre du RGPD. La base légale est l'intérêt légitime de l'opérateur créancier. Les données peuvent être conservées et utilisées pendant la durée nécessaire au recouvrement, dans la limite de la prescription légale. L'opérateur doit être en mesure de justifier la finalité du traitement et ne peut pas utiliser les données pour des fins commerciales non liées au recouvrement.

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